Transmettre un bien immobilier à ses enfants tout en continuant à en percevoir les loyers ou à y habiter, c’est possible grâce à la donation en nue-propriété. Passé 70 ans, le barème fiscal de l’usufruit change et rend l’opération particulièrement intéressante. Voici comment fonctionne ce mécanisme et ce qu’il faut vérifier avant de signer chez le notaire.
Qu’est-ce que la donation en nue-propriété et pourquoi la choisir après 70 ans ?
La donation en nue-propriété consiste à transmettre la propriété d’un bien (immobilier, portefeuille de titres) tout en conservant l’usufruit. Concrètement, vous gardez le droit d’habiter le logement ou d’en toucher les loyers, tandis que vos enfants deviennent « nus-propriétaires ». Ils ne pourront disposer librement du bien qu’à votre décès, sans avoir à payer de droits de succession à ce moment-là.

L’intérêt fiscal est double. D’une part, la valeur transmise est réduite : après 70 ans, l’usufruit est estimé à 30 % de la valeur du bien, selon le barème de l’article 669 du Code général des impôts. La nue-propriété ne représente donc que 70 % de la valeur totale. Les droits de donation sont calculés sur cette base réduite. D’autre part, au décès du donateur, l’usufruit s’éteint automatiquement sans frais supplémentaires pour les enfants, qui deviennent pleins propriétaires.
Comment se calcule la valeur de la nue-propriété après 70 ans ?
Le barème fiscal de l’usufruit est fixé par tranche d’âge. Voici les valeurs applicables pour une donation en nue-propriété :
| Âge du donateur | Valeur de l’usufruit | Valeur de la nue-propriété |
|---|---|---|
| Moins de 61 ans | 40 % | 60 % |
| Entre 61 et 70 ans | 30 % | 70 % |
| Entre 71 et 80 ans | 20 % | 80 % |
| Plus de 80 ans | 10 % | 90 % |
À partir de 71 ans, la part de nue-propriété augmente encore : vous transmettez 80 % de la valeur fiscale du bien, contre 70 % entre 61 et 70 ans. C’est un levier supplémentaire pour réduire l’assiette taxable, mais il faut aussi tenir compte de l’abattement personnel de 100 000 € par enfant, renouvelable tous les 15 ans.
Quels sont les frais de notaire pour une donation en nue-propriété ?
Les frais de notaire se composent des droits d’enregistrement (taxe perçue par l’État), des émoluments du notaire (tarif réglementé) et des frais annexes (publication foncière, géomètre, etc.). Pour une donation en nue-propriété, ils sont calculés sur la valeur donnée, c’est-à-dire 70 % ou 80 % du bien selon votre âge.
À titre indicatif, pour un bien valant 200 000 €, si vous avez 72 ans, la nue-propriété est estimée à 160 000 € (80 %). Les frais de notaire totaux se situent généralement entre 2 500 € et 4 000 €, droits d’enregistrement compris. C’est moins que pour une donation en pleine propriété, où les frais porteraient sur la totalité des 200 000 € (environ 4 000 € à 6 000 €).
Le notaire peut vous fournir une simulation personnalisée avant la signature.
Donation en nue-propriété ou en pleine propriété : que choisir ?
La donation en pleine propriété transfère immédiatement l’intégralité du bien : vos enfants deviennent propriétaires et peuvent en disposer comme ils le souhaitent. Vous perdez tout droit d’usage et de revenu. Cette solution convient si vous avez déjà des revenus suffisants et que vous souhaitez simplifier votre succession.

La donation en nue-propriété, elle, vous permet de conserver vos revenus fonciers ou votre logement jusqu’à la fin de votre vie. C’est un choix pertinent si vous dépendez des loyers d’un appartement ou si vous voulez rester chez vous sans payer de loyer à vos enfants. Fiscalement, elle réduit aussi les droits de donation puisque la base taxable est plus faible.
Attention : une fois la donation signée, vous ne pouvez plus vendre le bien sans l’accord des nus-propriétaires. Si vous avez besoin de liquidités à court terme, la pleine propriété ou une donation avec réserve d’usufruit temporaire peuvent être mieux adaptées.
Les erreurs fréquentes à éviter avec une donation après 70 ans
- Ne pas déclarer le don manuel : même pour une somme d’argent, il faut remplir le formulaire cerfa n° 2735. Sans déclaration, l’administration peut requalifier le don en donation non déclarée et appliquer des pénalités.
- Oublier l’abattement pour don familial de somme d’argent : si vous donnez de l’argent à un enfant majeur, vous pouvez bénéficier d’un abattement supplémentaire de 31 865 €, sous réserve que vous ayez moins de 80 ans et que l’argent serve à un projet précis (achat immobilier, travaux).
- Confondre donation et succession : la donation est un acte volontaire, répétable tous les 15 ans pour chaque enfant, alors que la succession est unique au décès. Ne pas anticiper peut vous faire perdre des abattements.
- Négliger la capacité juridique : le notaire vérifie votre état de santé mentale. Une donation contestée pour abus de faiblesse peut être annulée, avec des conséquences fiscales pour vos enfants.
Faut-il faire une donation-partage après 70 ans ?
La donation-partage est un acte notarié qui répartit les biens entre vos héritiers et fige leur valeur au jour de la donation. C’est un outil efficace pour éviter les conflits futurs, surtout si vous avez plusieurs enfants ou des biens de valeurs inégales.
Après 70 ans, elle présente un avantage supplémentaire : la valeur des biens est gelée. Si un bien prend de la valeur d’ici votre décès, seuls les nus-propriétaires en profiteront, sans que cela n’augmente les droits de succession. En revanche, si la valeur baisse, vos héritiers ne pourront pas demander de réévaluation.
Attention : la donation-partage est plus coûteuse en frais de notaire qu’une donation simple, car elle nécessite un acte plus complexe. Comptez entre 4 000 € et 6 000 € pour un bien de 200 000 €, selon le nombre d’enfants et la répartition choisie.
Donation en nue-propriété après 70 ans : une stratégie à adapter à votre situation
La donation en nue-propriété est un levier puissant pour transmettre un patrimoine immobilier tout en conservant vos revenus. Mais elle n’est pas universelle. Si vous avez des besoins de trésorerie immédiats, si votre santé est fragile, ou si vos enfants ont des projets d’achat à court terme, la pleine propriété ou une donation temporaire d’usufruit peuvent être plus judicieuses.
Avant de signer, faites le point avec un notaire sur votre situation patrimoniale et vos objectifs. Ne vous fiez pas uniquement aux abattements fiscaux : une donation mal calibrée peut créer des tensions familiales ou vous priver de revenus nécessaires. L’essentiel est de trouver l’équilibre entre transmission anticipée et sécurité financière pour vos vieux jours.