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Lot 02 · Immobilier & Investissement

Divorce et crédit immobilier : 3 solutions pour se désengager

Fiche de l’article
RédactionSylvain Béranger
Publié
Lecture6 min
Divorce et crédit immobilier : 3 solutions pour se désengager

Quand un couple se sépare, le crédit immobilier reste une dette commune tant que la banque n’a pas officiellement libéré l’un des deux emprunteurs. Le divorce ne rompt pas le contrat de prêt ni la solidarité qui lie les co-emprunteurs. Concrètement, si l’ex-conjoint qui garde le logement cesse de payer, la banque peut réclamer le remboursement à l’autre, même s’il a quitté les lieux depuis des mois. Pour sortir de cette situation, trois solutions existent : vendre le bien, racheter la part de l’autre ou négocier une désolidarisation avec la banque. Chacune a ses conditions, ses coûts et ses conséquences.

Vendre le bien pour solder le prêt : la solution la plus nette

Si aucun des deux conjoints ne souhaite ou ne peut conserver le logement, la vente est la voie la plus simple. Le produit de la vente sert d’abord à rembourser le capital restant dû à la banque. Le solde, s’il est positif, est partagé entre les ex-époux selon leur régime matrimonial. Sans contrat de mariage (régime de la communauté réduite aux acquêts), chacun récupère ses biens propres et reçoit la moitié des sommes accumulées pendant le mariage. Sous le régime de la séparation de biens, chacun récupère sa quote-part d’indivision. Pour les partenaires de Pacs, la règle est la même : partage en fonction des apports de chacun.

Divorce et crédit immobilier : 3 solutions pour se désengager
Divorce et crédit immobilier : 3 solutions pour se désengager

Attention : si le prix de vente ne couvre pas le solde du prêt, les deux ex-conjoints restent solidairement tenus de rembourser la différence, sauf clause contraire dans le contrat. Pendant la mise en vente, les mensualités doivent continuer à être payées. Il est possible de demander à la banque une suspension temporaire des échéances ou une modulation à la baisse, si le contrat de prêt le permet. Dans tous les cas, il faut anticiper les frais de remboursement anticipé, qui peuvent être dus à la banque.

Conserver le logement et racheter la part de l’autre via une soulte

Si l’un des conjoints veut rester dans la maison familiale et qu’il est solvable, il peut racheter la part de l’autre en versant une soulte. Le montant de cette soulte est calculé par le notaire dans le cadre de la liquidation du régime matrimonial. Il tient compte de la valeur du bien, du capital restant dû et du régime matrimonial. Pour payer cette soulte, l’emprunteur peut recourir à un crédit à la consommation ou à un prêt personnel, si sa capacité d’endettement le permet.

Cette opération nécessite un acte notarié pour modifier le titre de propriété. Des frais de notaire s’ajoutent : le droit de partage, fixé à 1,1 % du montant partagé, plus d’éventuels frais de dossier. Une fois la soulte versée, le conjoint qui conserve le bien doit aussi obtenir la désolidarisation du prêt auprès de la banque. Sans cela, l’ex-conjoint reste théoriquement engagé en cas de défaut de paiement.

Demander la désolidarisation du prêt à la banque

La désolidarisation consiste à demander à l’établissement prêteur de libérer un des co-emprunteurs de son engagement. Le conjoint qui conserve le prêt doit alors justifier de revenus suffisants pour rembourser seul le capital restant. La banque examine la situation financière de cet emprunteur : taux d’endettement, reste à vivre, stabilité des revenus. Si elle accepte, elle émet une nouvelle offre de prêt, ce qui entraîne un passage chez le notaire et des frais de dossier.

Si la capacité de remboursement du conjoint restant est jugée insuffisante, la banque peut exiger des garanties supplémentaires : caution d’un tiers (un parent, par exemple), caution d’un organisme comme Crédit Logement, ou hypothèque sur le bien. Dans certains cas, elle peut accepter de remplacer le co-emprunteur sortant par un nouveau garant. La banque est libre d’accepter ou de refuser la désolidarisation. En cas de refus, la seule issue est la vente du bien.

La demande doit être faite par lettre recommandée avec accusé de réception, en précisant que le conjoint restant reprend la totalité du prêt et renonce à toute action contre l’autre pour le remboursement des échéances. L’assurance emprunteur doit aussi être adaptée : le contrat initial couvrait deux têtes, il faut le modifier pour ne couvrir que l’emprunteur restant.

Divorce et crédit immobilier : 3 solutions pour se désengager
Divorce et crédit immobilier : 3 solutions pour se désengager

Tableau comparatif des trois solutions

Solution Conditions Coûts principaux Risque pour l’ex-conjoint
Vente du bien Accord des deux parties, mise en vente Frais de remboursement anticipé, frais d’agence, frais de notaire Nul si vente couvre le prêt
Rachat de part (soulte) Solvabilité du conjoint restant, accord de la banque Droit de partage (1,1 %), frais de notaire, éventuel crédit personnel Nul si désolidarisation obtenue
Désolidarisation simple Capacité d’endettement suffisante, garanties supplémentaires possibles Frais de dossier, frais de notaire, adaptation de l’assurance Nul si acceptée

Les erreurs fréquentes qui coûtent cher

La première erreur est de croire que le divorce ou la séparation met fin automatiquement à la solidarité du prêt. Ce n’est pas le cas. Tant que la banque n’a pas accepté la désolidarisation, les deux ex-conjoints restent co-emprunteurs. Si l’un ne paie plus, l’autre est poursuivi. Même un accord à l’amiable entre les parties n’a pas de valeur juridique face à la banque.

Deuxième erreur : négliger les frais de remboursement anticipé lors de la vente. La plupart des contrats de prêt prévoient une pénalité si le crédit est remboursé avant son terme. Cette pénalité est généralement plafonnée à 3 % du capital remboursé. Il faut l’intégrer dans le calcul du partage du produit de la vente.

Troisième erreur : sous-estimer le coût de la soulte. Au-delà du montant lui-même, l’emprunteur doit financer les frais de notaire et, souvent, un nouveau crédit. Si sa capacité d’endettement est déjà tendue, la banque peut refuser le rachat de la part. Mieux vaut faire une simulation avant de s’engager.

Quand la banque refuse la désolidarisation

Si la banque estime que le conjoint restant n’a pas une capacité de remboursement suffisante, elle peut refuser la désolidarisation. Dans ce cas, la seule solution pour libérer l’ex-conjoint est la vente du bien. Il est possible de proposer des garanties supplémentaires pour tenter de convaincre la banque, mais cela n’est pas toujours accepté. Si le bien est vendu à perte, les deux ex-conjoints restent redevables du solde du prêt. C’est une situation à éviter absolument : mieux vaut renégocier les mensualités ou demander un report d’échéances avant d’arriver à l’impayé.

Le recours à un notaire est indispensable pour toute modification de propriété ou de contrat de prêt. Il calcule la soulte, rédige l’acte de cession et s’assure que la banque est informée. Sans son intervention, la désolidarisation n’est pas valable.

Anticiper pour ne pas subir

La meilleure protection est d’avoir prévu une clause dans le contrat de prêt ou dans le contrat de mariage qui organise le sort du crédit en cas de séparation. Mais la plupart des couples n’y pensent pas au moment de l’achat. En pratique, la solution la plus sûre reste la vente du bien, même si elle est émotionnellement difficile. Elle coupe net tout lien financier entre les ex-conjoints et évite les contentieux futurs.

Pour ceux qui veulent conserver le logement, la désolidarisation est possible, mais elle exige une situation financière solide et l’accord de la banque. Dans tous les cas, il faut agir vite : plus la situation traîne, plus le risque d’impayé et de contentieux augmente. Un conseil : avant de signer quoi que ce soit, consultez un notaire et, si besoin, un avocat spécialisé en droit de la famille. Le coût de ces consultations est modeste comparé aux conséquences d’une erreur sur un crédit immobilier.

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